En bref. Les honoraires d’un expert-comptable sont libres, mais ils sont convenus : une hausse suppose un accord, pas une simple notification. La question utile n’est donc pas « est-ce cher ? » mais « qu’est-ce qui a changé depuis la dernière fois ? ».
La lettre annonçant une revalorisation arrive souvent en fin d’année, au moment où l’on a le moins de marge pour réagir. Voici ce qui justifie légitimement une augmentation, ce qui ne la justifie pas, et comment la discuter sans rompre.
Un prix libre, mais fixé d’un commun accord
Aucun barème n’encadre les honoraires d’expertise comptable : ils se négocient. C’est précisément parce qu’ils sont libres qu’ils doivent être convenus par écrit, dans la lettre de mission, et modifiés par avenant.
Une augmentation appliquée unilatéralement sur la facture, sans accord préalable, est contestable — même lorsqu’elle est économiquement défendable. La forme compte ici autant que le fond : c’est le point le plus souvent négligé par les deux parties.
Ce qui fait légitimement monter la note
- Le volume réel : nombre d’écritures, de bulletins de paie, de comptes bancaires, de déclarations. C’est le premier facteur, et il évolue avec l’activité.
- La complexité nouvelle : passage à la TVA mensuelle, filiale créée, activité à l’international, changement de régime fiscal.
- Des missions ajoutées en cours de route et jamais formalisées : juridique annuel, tableaux de bord, assistance à un contrôle.
- Des obligations nouvelles pesant sur la profession, qui allongent les diligences.
- Une revalorisation générale des tarifs du cabinet, si elle est annoncée et raisonnable.
Ce qui ne la justifie pas
Trois motifs reviennent et méritent d’être discutés. Une hausse présentée comme « l’inflation » sans que le périmètre ait changé, appliquée d’une année sur l’autre par simple mention en pied de facture. Une facturation de travaux que vous n’avez pas demandés, au motif qu’ils étaient « nécessaires ». Enfin, la refacturation de reprises causées par une erreur du cabinet lui-même — un travail refait n’est pas un travail supplémentaire.
Hausse justifiée ou à discuter : la grille
| Motif annoncé | Question à poser | Lecture |
|---|---|---|
| Croissance de l’activité | De combien le volume a-t-il augmenté ? | Justifié si le volume suit |
| Nouvelles missions | Ont-elles été demandées et écrites ? | Justifié si formalisé |
| Revalorisation annuelle | Quel taux, sur quelle base, annoncé quand ? | À négocier |
| « Dossier plus lourd » | Lourd en quoi, mesuré comment ? | À documenter |
| Reprise d’erreurs | Qui est à l’origine de l’erreur ? | Non facturable si c’est le cabinet |
Contester utilement, en cinq étapes
- Demander le détail de la hausse par poste, et non un pourcentage global.
- Comparer au périmètre initial figurant dans la lettre de mission : qu’est-ce qui n’y était pas ?
- Mesurer votre propre évolution : nombre de pièces, de salariés, de déclarations. Le chiffre désamorce ou confirme.
- Proposer un ajustement de périmètre plutôt qu’un bras de fer sur le prix : sortir une mission accessoire coûte souvent moins que négocier 10 %.
- Formaliser l’accord obtenu par avenant, daté et signé. Sans cela, la discussion recommencera l’année suivante.
En cas de désaccord persistant sur le montant, la profession prévoit une voie d’arbitrage par le conseil régional de l’Ordre. Les modalités et l’annuaire des professionnels inscrits sont publiés par l’Ordre des experts-comptables.
Le piège du forfait jamais revu
La situation inverse existe et se retourne contre le client : un forfait signé il y a huit ans, jamais actualisé, sur une entreprise qui a triplé de taille. Le cabinet finit par compenser autrement — en réduisant le temps consacré au dossier, en confiant le travail à un profil plus junior, en cessant d’appeler.
Un forfait figé n’est donc pas une bonne affaire durable. Mieux vaut une révision périodique explicite qu’un prix inchangé et un service qui se dégrade sans que personne ne le dise. La différence entre les deux modes de facturation est développée dans notre article forfait ou temps passé.
Comparer sans se tromper
Une comparaison de prix n’a de sens qu’à périmètre identique. Avant de conclure qu’un autre cabinet est moins cher, vérifiez ce que chaque proposition inclut réellement : tenue ou révision, établissement des comptes annuels, liasse, juridique annuel, paie et nombre de bulletins, rendez-vous de bilan, assistance en cas de contrôle. Nos repères de prix figurent dans l’article sur les honoraires d’un expert-comptable, et le contenu attendu d’une mission dans celui consacré à la mission de présentation des comptes.
Se faire accompagner dans la discussion
Le moyen le plus simple de savoir si une hausse est dans le marché reste de la faire regarder par un tiers. Le cabinet Dinergie, partenaire de ce site, accompagne les dirigeants en désaccord avec leur cabinet : lecture de la dernière facture et de la lettre de mission, chiffrage de ce que le dossier devrait coûter, préparation des arguments à opposer — et, le cas échéant, confirmation que le tarif proposé est normal. Soumettre votre situation.
Précision utile : cet accompagnement n’est pas une médiation au sens juridique. En cas de litige formel sur les honoraires, la conciliation relève du conseil régional de l’Ordre.
Questions fréquentes
Une hausse peut-elle s’appliquer sans mon accord ?
Les honoraires étant convenus, une modification suppose un accord. Une hausse notifiée pour la période à venir peut en revanche vous placer devant un choix : l’accepter ou dénoncer la mission dans les délais.
Puis-je refuser de payer la part contestée ?
Payer la part non contestée et écrire pour la partie discutée est la position la plus solide. Un non-paiement global affaiblit votre argumentation.
Le cabinet doit-il fournir un détail de ses honoraires ?
La facture doit permettre d’identifier les prestations facturées. Une demande écrite de détail est légitime et se refuse difficilement.
Que faire si la hausse arrive après la date de dénonciation ?
C’est le cas le plus inconfortable : la mission est reconduite. Il reste possible de négocier, ou de dénoncer pour l’échéance suivante — voir résilier la mission de son expert-comptable.
Conclusion
Une hausse d’honoraires se discute sur des faits : périmètre, volumes, missions ajoutées. Demandez le détail, comparez au contrat d’origine, formalisez l’accord obtenu. Si le cabinet refuse d’expliquer sa propre facture, le problème dépassera vite la question du prix — et notre guide pour changer d’expert-comptable devient alors la lecture utile.
